Devant la commission de la Justice de la Chambre, le ministre a retracé la chronologie des faits. Le parquet fédéral a pris le dossier vers 13h après des contacts téléphoniques avec le parquet d’Anvers. Il a demandé explicitement, par la voix de son porte-parole, à la police locale de ne pas communiquer. Cette demande se fondait aussi bien sur le Code d’instruction criminelle que sur une circulaire du collège des procureurs généraux. Selon les règles en vigueur, cette demande devait être considérée comme une interdiction, la communication pouvant mener le cas échéant à une violation du secret professionnel, a précisé le parquet. Le parquet fédéral a par ailleurs fait savoir au porte-parole du bourgmestre que la communication ne pouvait contenir des éléments touchant à l’instruction et qu'”à la lumière de cela, une conférence de presse était à déconseiller”. Le parquet ne peut en effet pas interdire au bourgmestre de tenir une conférence de presse sur les aspects qui concernent l’ordre public.

A 13h50, le parquet fédéral a reçu un message du porte-parole de la police locale indiquant qu’une conférence de presse aurait lieu. A 14h02, il a une nouvelle fois déconseillé de communiquer au porte-parole du bourgmestre. A 14h18, le parquet fédéral a été informé par la police locale que la conférence de presse allait commencer. Entre-temps, le parquet fédéral a également contacté le parquet d’Anvers qui lui a confirmé qu’il avait explicitement demandé à la police locale de ne pas communiquer.

Aucun des deux parquets n’a donné son accord préalable sur le contenu de la conférence de presse qu’ont donnée M. De Wever et le chef de corps de la police locale, Serge Muyters.

A 10h55, ce jour-là, la police anversoise a arrêté Mohamed R. qui avait roulé à vive allure sur le Meir, une artère commerçante du centre-ville. Un riot-gun, démonté et sans munition, un pistolet “airsoft” (à billes), plusieurs armes blanches et une boîte au contenu inconnu ont été découvertes dans le coffre de sa voiture. L’homme était manifestement sous l’influence de l’alcool et de la drogue. Il était connu de la police française pour des faits de violence, drogue et détention d’armes mais pas de terrorisme. L’Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace (OCAM) n’a d’ailleurs pas été en mesure de conclure qu’il s’agissait d’un incident lié au terrorisme.

“La communication est toujours délicate dans de tels dossiers”, a souligné M. Geens.

Les premières heures qui suivent les faits sont cruciales dans les dossiers judiciaires. En s’exprimant trop rapidement sur une arrestation ou sur l’interception de véhicules, l’on risque de divulguer des informations importantes pour une éventuelle organisation terroriste qui peut avoir déployé plusieurs personnes et plusieurs véhicules.

Mardi, le porte-parole de M. De Wever a livré sa version des faits, jugeant qu’il s’agissait d’un “exemple de communication de crise classique”. Les spéculations allaient alors bon train sur l’éventualité d’une attaque terroriste et des signes d’inquiétude apparaissaient dans la population.

L’opinion était très différente dans l’opposition fédérale francophone. “Bart De Wever a fait son show médiatique et c’est regrettable. Vous ne condamnez pas cette communication mais je vais le faire à votre place. Imaginez un instant que le bourgmestre de Bruxelles ou celui de Charleroi ait communiqué de la sorte: je pense que la réaction aurait été très différente”, a lancé M. Vanden Burre au ministre.