Photo d’illustration : Molenbeek
M. Gilles Vanden Burre au vice-premier ministre et ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, chargé de
la Régie des Bâtiments, sur “le subside de 100 000 euros à l’ASBL We Love BXL” (n° 21036)
Gilles Vanden Burre (Ecolo-Groen): Monsieur le ministre, le SPF Intérieur et la commune de
Molenbeek vont mettre en place dans les prochaines semaines une expérience pilote en matière de lutte
contre le radicalisme. Une enveloppe de 100 000 euros délivrée par le SPF Intérieur va être remise à l’ASBL
We Love BXL afin de mener ce projet.
Cette ASBL est notamment gérée par l’Anversoise Sihame El Kaouakibi, bien connue en Flandre pour ses
projets sociaux menés notamment en région anversoise depuis 2009. Elle a notamment mené un
programme d’activités extrascolaires et propulsé de jeunes entrepreneurs. Son projet pour Molenbeek n’est
pas encore connu pour l’instant.
Dans la foulée, de nombreuses réactions, dont du celle du Ministre de l’Aide à la Jeunesse Rachid Madrane,
ont mis en doute la légitimité de cette ASBL créée en juillet dernier, au moment où le subside a été confirmé.
Les principales critiques concernent la méconnaissance du terrain bruxellois de l’ASBL, la rapidité
d’obtention des subsides alors que de nombreuses ASBL locales attendent des années pour être soutenues
par les pouvoirs publics ou encore l’accès qu’aura cette ASBL aux données de la police concernant les jeunes radicalisés.
Monsieur le ministre, sans préjuger ou condamner a priori une quelconque asbl, j’aimerais vous poser les
questions suivantes.

Comment a été passé le marché public concernant ce projet et combien de candidatures ont été reçues? Quelle procédure de sélection et quels critères ont été retenus pour sélectionner l’ASBL We Love BXL qui a finalement obtenu le subside? Le fait d’enregistrer l’ASBL au même moment que l’octroi du subside n’est-il pas étrange? N’y a-t-il pas de règles en la matière?

Jan Jambon, ministre: Messieurs, permettez-moi de préciser certaines choses essentielles ayant
trait à votre question. Sur ma proposition, le gouvernement a accordé une subvention de 100 000 euros à la
commune de Molenbeek.
Le gouvernement a pris cette décision en ayant considéré la menace que représente le retour des foreign terrorist fighters
et surtout la menace que représente les home terrorist fighters.
Pour faire face à cette situation, il est indispensable de pouvoir développer une approche structurée de désengagement et de
déradicalisation sur notre territoire
À ce jour, force est de reconnaître qu’une expérience structurée suivie et évaluée du début à la fin en
matière de déradicalisation, de désengagement n’existe pas sur notre territoire. Ceci est pourtant
indispensable pour pouvoir définir efficacement les actions qui aboutiront à des résultats concrets et
probants.
Il existe des initiatives locales mais les autorités locales sont précisément demandeuses d’une guidance,
d’un accompagnement méthodologique pour garantir que leurs actions aboutissent à des résultats positifs.
Pour répondre à ces demandes, j’ai proposé au gouvernement de réaliser une expérience pilote à
Molenbeek, là où le besoin est incontestable. Cette expérience pilote a pour objectif d’offrir une alternative
concrète aux jeunes tentés par la radicalisation, alternative qui les éloigne d’un groupe radical violent; de
mobiliser des acteurs locaux qui sont en capacité d’entrer en contact avec des jeunes en situation de
radicalisation, de susciter leur adhésion, de les accompagner dans la durée; de développer les
connaissances et méthodes des professionnels travaillant auprès des jeunes radicalisés. Ces
connaissances et méthodes pouvant ensuite, une fois jugées probantes par le SPF Intérieur – désigné
évaluateur de l’expérience –, être diffusés par celui-ci.
Je souhaite mettre en place ici un mécanisme, une approche pluridisciplinaire comprenant non seulement
des opérateurs publics mais aussi des acteurs privés, représentés tant par le tissu associatif que par le
monde de l’entreprise. Cette approche s’adressera prioritairement à des adolescents et à de jeunes adultes
de 12 à 25 ans, correspondant à différents profils: jeunes exposés au risque de délinquance par des
conduites à risque ou perturbatrices, décrochage scolaire, primo-délinquants, jeunes réitérant ou récidivistes
sortant de détention, jeunes en voie de radicalisation ou radicalisés, etc.
L’expérience pilote visera à autonomiser chaque jeune dans son environnement personnel afin qu’il sente
qu’il fait partie de la société, qu’il se perçoive comme une véritable valeur ajoutée et qu’il agisse en tant que
tel afin de renforcer sa résilience face à des discours extrémistes.
Toujours est-il que pour mener à bien cette approche en concertation avec la commune de Molenbeek-
Saint-Jean, il nous a semblé pertinent de mener l’expérience pilote en visant à mélanger, dans les
mécanismes que nous voulons tester, tant des jeunes issus du public cible que des jeunes ne présentant
pas de problèmes ou de risques de délinquance apparents. Nous faisons ceci afin de renforcer l’intégration
et l’acceptation. C’est dans cette optique que nous avons convenu de travailler avec une ASBL en particulier,
qui est déjà active dans ce type de projets au niveau local.
Il s’agit, je le répète, de mener une expérience pilote qui sera évaluée par mon administration. Un protocole
d’accord sera incessamment conclu entre la commune de Molenbeek et moi-même. Il définira les actions
attendues pour mettre en place ladite expérience. L’exécution de ce protocole sera suivie par mon
administration qui exercera un contrôle financier sur le bon usage des moyens alloués, mais qui effectuera
aussi une évaluation des pratiques afin de déterminer si l’expérience porte ses fruits et peut être
reproductible et transposable auprès d’autres acteurs locaux.
Cette clarification me permet de répondre à vos questions. Le gouvernement n’agit pas ici dans le cadre d’un
marché public qui suppose d’avoir au préalable défini une approche précise, des modalités d’exécution
claires et également un engagement ferme à obtenir des résultats.
Le marché public suppose en outre que le montant de l’intervention représente la contrepartie exacte du
service qui sera rendu. Dans ce contexte, il serait impossible de mener une expérience pilote, qui est
pourtant la finalité ici.
Le gouvernement agit dès lors dans le cadre d’une subvention qui lui permet de délivrer une contribution
financière pour une opération (l’expérience pilote) qui représente un intérêt général (la lutte contre le
radicalisme violent) et qui est initiée et menée par un tiers (la commune de Molenbeek-Saint-Jean en
collaboration avec l’ASBL que vous évoquez), pour répondre à des besoins (besoin de disposer d’un modèle
d’approche de déradicalisation et de désengagement) et dont le montant est fixé unilatéralement par le
pouvoir public sans représenter la contrepartie exacte de la prestation soutenue (c’est le cas en l’espèce).
Enfin, pour répondre à votre question relative à la communication de données sensibles à l’ASBL dont
question, ce n’est pas du tout ce qui est envisagé! Il appartiendra à la commune de Molenbeek-Saint-Jean
de déterminer les jeunes qui voudront et pourront intégrer ce parcours individuel de déradicalisation. Il n’est
en tout cas pas question dans mon chef de transmettre plus d’informations que cela à l’ASBL.
17.04
Gilles Vanden Burre (Ecolo-Groen): Monsieur le ministre, je vous remercie pour votre réponse.
Sur le fond, il est intéressant que le SPF Intérieur, votre cabinet et vous-même vous intéressiez à la lutte
contre le radicalisme par le biais de la prévention et d’actions sur le terrain, même si on sait que ces
compétences sont partagées entre différents niveaux de pouvoir. Au moins, cet effort rentre dans une
philosophie que les écologistes ont toujours portée: mettre beaucoup plus de moyens dans cette approche
qui est, pour nous, l’approche principale et structurelle à mettre en place dans ce type de dossier.
En ce qui concerne la description que vous avez donnée de l’expérience pilote et du subside à la commune,
cela ne m’apparaît pas très clair. Je reviendrai sans doute vers vous avec d’autres questions. Autant je peux
comprendre le concept d’expérience pilote, autant je ne comprends pas qu’on ne puisse pas demander
plusieurs offres.
Ça n’a pas de sens. Même si vous passez par d’autres artifices, quand vous menez un projet concernant de
tels montants – quand on connaît les difficultés financières importantes du tissu associatif molenbeekois,
100 000 euros représentent beaucoup d’argent –, il faut des règles claires et lancer le projet auprès de
différentes associations. Je ne comprends pas la démarche ayant présidé au choix. Je ne comprends pas
que ce choix se fasse de façon unilatérale sur un seul acteur. On reviendra sur ce sujet. Il est trop important
pour être laissé dans le flou.